Vente 41 - Comic Books - 28.06.15

  • LOT N°484

    Hergé :

    Hammer price : 300000 €
    Tintin et Milou, illustration à l'encre de Chine, au crayon bleu et rehauts de gouache blanche intitulée "Faux-pas" relative à l'épisode "Le Sceptre d'Ottokar" publiée en couverture du Petit Vingtième du 1er décembre 1938 et en page 344 du Chronologie d'une oeuvre tome 3 de Philippe Goddin aux Editions Moulinsart en 2002. Titre à la mine de plomb. On y joint un certificat d'authenticité du Studio Hergé. Dimensions : 22,5 x 22,5.

    Le titre donné par Hergé à cette illustration ne figurera finalement pas sous l'image. Il l'intitulait Faux-pas, mais c’est bien sûr un faux « faux-pas » qui est représenté. En effet, la perte d'équilibre prêtée à Tintin à l'escale de Prague n’a qu'un but : s'assurer que la barbe du prétendu professeur Halambique (que le héros accompagne en Syldavie) est fausse. Raté ! elle est vraie. En revanche, l'avion qu'ils ont emprunté est un vrai Savoia-Marchetti S73 de la Sabena, qu'Hergé a extrait de sa riche documentation. Quant à l'image de la chute de Tintin, plus précisément, elle se base sur une photographie publiée dans Sabena-Revue en octobre 1936, qui montrait le Président de la Chambre belge des Représentants, Camille Huysmans, et son épouse, partant pour l'étranger via la ligne Nord Air Express.
     
    Combinant en quelque sorte deux des vignettes publiées cette semaine-là, Hergé a recomposé l'image, comme il le fait généralement lorsqu'il extrait une scène du récit en cours pour la mettre en couverture de l'hebdomadaire. Le plan est plus large. On y voit tout à la fois Tintin au bout de son mouvement, le faux Halambique (car on saura plus tard que sa vraie barbe cachait effectivement quelque chose) hurlant de douleur, et Milou prêt à descendre de l'avion. On y voit aussi - ce qui n’est pas le cas dans le récit - une partie du fuselage de l'appareil, et notamment la fixation de l'aile sur celui-ci. Le tout détaillé grâce à la documentation du dessinateur. C'est grâce à elle qu'on voit mieux, aussi, l'escalier amovible à trois marches que le personnel a posé sur l'herbe. Car à l'époque la plupart des terrains d'aviation ne connaissent pas encore le tarmac. La crédibilité est assurée : Hergé a toujours parfaitement restitué son époque.
     
    Format oblige, le trait est particulièrement soigné. Depuis son passage à Londres avec ses compagnons routiers de Saint-Boniface, en 1937, Hergé dispose d'une provision de plumes Gillot's qui lui permettent de mieux le moduler, tout en lui gardant sa précision. C’est ainsi que la fameuse « ligne claire » s'est trouvée, et qu'elle vit, définitivement. Ce dessin en est l'illustration. Les discrètes indications de mouvement (dans le dos de Tintin) et les signes d'émotion ou de douleur (les gouttes semées autour des visages) montrent que dans le même temps, le vocabulaire graphique d'Hergé est quasi abouti. Sa maîtrise technique également : le crayon bleu indique au photograveur les zones qu'il lui faudra tramer.
     
    On peut, par ailleurs, considérer cette image comme un véritable hors-texte de l'épisode. Elles seront trente en tout, composées tout au long de la publication du récit, à pouvoir se revendiquer de ce statut. On aurait donc très bien pu retrouver ce Faux-pas au nombre des illustrations hors-texte qui viendront parer de leurs couleurs l'album en noir et blanc intitulé Le Sceptre d’Ottokar.

    Philippe Goddin